L’errance face à la providence romanesque dans Le Page disgracié de Tristan L’Hermite

Léo Stambul (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

La notion d’errance semble a priori parfaitement adaptée à un récit tel Le page disgracié, dont le héros, errant et sans patrie, délivré de tout patrimoine, tombe presque au rang du picaro. Mais le genre romanesque apparaît gouverné par une sorte d’horloger suprême qui agence toutes les rencontres du héros de façon providentielle. Dans une telle perspective, les errances des personnages ne seraient rien d’autre que de pures fictions, des artefacts agréables à lire, un simulacre. On voudrait ici montrer que le récit de Tristan L’Hermite adopte ostensiblement ce régime providentiel pour mieux le déjouer de l’intérieur. Le récit autodiégétique abdiquerait ainsi toute rationalisation a posteriori et peinerait à donner cohérence au vécu. En postulant dès le début du roman que rien n’est jamais acquis même aux plus saints personnages, le narrateur confirme le règne de la Fortune et renonce à donner un sens à sa «disgrâce».