La Muse historique de Jean Loret : l’épître, une forme privilégiée pour présenter l’actualité

Stella Spriet (University of Saskatchewan)

À partir de 1648, les troubles qui déchirent la France et l'absence de censure qui en résulte engendrent une réelle effervescence journalistique. Les mazarinades se multiplient et de nouveaux journaux sont créés, mais ces publications restent éphémères, à l'exception de l'hebdomadaire La muse historique de Jean Loret qui, elle, est diffusée entre 1650 et 1665. S'il s'agit bien, pour Loret, de transmettre les nouvelles, son but est surtout d'offrir à son lecteur un véritable divertissement. Il mise ainsi sur la variété des sujets abordés, l'extrême brièveté des récits et le style burlesque, qui permet de créer un effet comique. Pour ce faire, il choisit la forme de l'épître. Si, au XVIe siècle, le statut de «contre-rhétorique» lui avait été conféré à ce genre, c'est bien en raison de sa grande souplesse. L'apparente spontanéité qui en émane lui permet donc de se nourrir de l'anecdote, d'où son utilisation fréquente dans les salons mondains. Elle fournit ainsi une matrice idéale, car elle rend possible le récit de faits très nombreux, sans que l'utilisation de transitions ne soit nécessaire.