Aux marges du canon dramatique : la double erreur du dramaturge “mineur”

Martine Souchier (Université de Paris-Sorbonne)

Le dernier tiers du XVIIe voit la constitution du canon de ce qui sera considéré comme le «théâtre classique». Sous l’impulsion des écrits théoriques de Boileau s’élabore un faisceau de critères d’évaluation esthétique des dramaturges et de leurs œuvres. Corneille, Racine et Molière se voient alors placés au sommet de la hiérarchie des auteurs dramatiques : leurs pièces servent ainsi de modèle pour (re)définir les règles du genre. Ce processus de majoration entraîne la minoration de leurs «concurrents», dont les œuvres, dès lors qu’elles ne semblent pas respecter les normes esthétiques établies, sont marginalisées, rejetées vers les faubourgs de l’histoire littéraire en constitution. En outre, les mineurs sont aussi frappés d’anathème pour avoir osé entrer en concurrence avec les grands dramaturges. Cette communication se propose d’étudier cette double erreur que l’histoire littéraire naissante, dans sa définition du genre dramatique, impute aux concurrents de la triade sacrée Corneille-Racine-Molière.