Le labyrinthe intérieur dans les Lettres de Madame de Sévigné

Mathilde Morinet (Aix Marseille Université)

Le labyrinthe est un élément essentiel de la composition des jardins d’Ancien Régime; Madame de Sévigné sacrifie à cette mode et en fait réaliser un dans les allées de sa résidence bretonne des Rochers. S’intégrant à un ensemble d’éléments à connotation galante, le labyrinthe possède également un fort pouvoir symbolique : il est l’espace de l’errance, de la perte, l’image de l’égarement intérieur, où un parcours sinueux aboutira éventuellement à la lumière de la révélation. Chez Madame de Sévigné, cet élément du jardin des Rochers fait émerger l’image du « labyrinthe de pensées », qui devient métaphore des méandres de l’intériorité maternelle, du vacillement de l’édifice intérieur à la suite du départ de sa fille, Madame de Grignan, pour la Provence. Toute une cartographie de l’esprit et du sentiment se laisse contempler dans ses Lettres. En essayant de se tourner vers Dieu, Madame de Sévigné tente d’organiser cet espace, notamment par des lectures d’ouvrages théologiques et philosophiques. Mais ce labyrinthe de pensées reste une retraite désirable, puisqu’il est une projection imaginaire où retrouver sa fille.