Égarements sentimentaux, écarts discursifs et expérimentations dramatiques dans Les Bergeries de Racan

Daniel Long (Université Sainte-Anne)

L'unique pièce de Racan est une œuvre qui oscille entre l'observation des enseignements de Malherbe et le rapprochement irrésistible d'avec la fantaisie baroque. Les règles que l'auteur tente d'imposer à l'enchaînement dramatique et à la langue sont régulièrement enfreintes au profit d'un croisement des influences, si bien que nombre de conventions théâtrales sont sciemment ou involontairement ignorées. D'une part, la volonté (timide) de réfréner les équipées amoureuses mène à la création de personnages au caractère vacillant et ondoyant, voire à des conduites apparemment incohérentes à l'intérieur d'un univers fictionnel tantôt rétréci, tantôt élargi. D'autre part, la nécessité de modérer les envolées rhétoriques se traduit plutôt par la constitution d'une sorte de langue métissée, dans laquelle sont développés la signification extensive et le potentiel sémantique de plusieurs termes, expressions et figures de style. On assiste donc à un phénomène d'hybridation dans Les Bergeries qui autorise un certain dérèglement du discours, une parole renouvelée déstructurant et de restructurant l'action dramatique.