L’infinie errance de Fernão Mendes Pinto (la Pérégrination et ses traductions françaises)

Grégoire Holtz (University of Toronto)

L’objectif de cette communication est d’étudier de plus près la Pérégrination de Fernão Mendes Pinto, ouvrage situé aux confins du roman et du récit de voyage d’après l’avis même de ses premiers lecteurs français (par exemple Charles Sorel dans sa Bibliothèque française). Publié pour la première fois en 1614, ce texte est un carrefour qui alimentera par son contenu dramatique une lecture picaresque des récits de voyages, mais aussi de nombreux doutes portant sur la véracité de son témoignage. Publié en 1628 en français sous la traduction de Bernard Figuier, il souffre d’une réputation romanesque que sa première édition en français a tenté de désamorcer. Au cœur de cette «ère du soupçon» réside la question de l’errance d’un marchand portugais déplacé sur toutes les mers, vendu, fait prisonnier, au rythme de la fortune et de l’infortune de ses rencontres. Au cœur de l’esthétique de la Pérégrination, l’errance lui confère une élasticité riche en péripéties, en plus d’autoriser une pluralité d’interprétations sur le sens de ce nomadisme : à la fois témoin et anti-héros, le voyageur est tout autant un picaro des mers que l’incarnation de l’homo viator.