Errance ou égarement intérieur? Le cogito du rêveur chez Béroalde de Verville

Bernadette Hoeffer (Webster University)

L’image du rêve au XVIIe siècle est peu flatteuse. Agitation s’emparant de l’homme lors de son sommeil, illusion qui mène à l’égarement ou à l’errance celui qui ne se méfie pas de ses effets, le songe n’est pas qu’une ruse inoffensive, il est grotesque : rêver constitue un état de dérèglement, un délire provoqué par l’aberration de l’imagination. Descartes et La Mothe le Vayer s’en méfient, puisque sa structure illogique, ses détours et ses effets troublants perturbent les frontières entre raison et folie. Aussi dans la poésie du siècle «songe» rime-t-il souvent avec «mensonge», et les philosophes sceptiques décrient son contenu et sa valeur. Il s’agira dans un premier temps d’établir le paradoxe du songe au XVIIe siècle en examinant sa problématique : le songe «naturel», qui trouve son origine soit dans la «fantaisie», aurait-il une valeur accidentelle ou une signification intentionnelle? Sera ensuite montré que l’association entre «songe» et «errance» ne fait pas justice aux théories complexes qui se forment alors autour du songe, comme le montre l’exemple du Palais des curieux (1612) de Béroalde de Verville.