Errances dans un univers infini et dans le monde des livres : science, philosophie et fable libertine dans Les États et Empires de la Lune

Richard Hodgson (University of British Columbia)

Dans Les États et Empires de la lune de Cyrano de Bergerac, l’idée de l’errance se manifeste un peu partout. Le narrateur Dyrcona et quelques-uns des autres personnages y racontent des voyages spectaculaires dans l’espace et le temps, alors que Cyrano invite le lecteur à voyager dans le monde des livres, d’Épicure et Lucrèce à Gassendi en passant par Copernic et Kepler. Tout au long de cette «fable libertine polyphonique» (Michèle Rosellini), récits «fabuleux» et dialogues philosophiques se côtoient souvent; aventures burlesques et intellectuelles y entretiennent des relations étroites. Jean Serroy a été le premier à rapprocher ce roman hybride et fondamentalement libertin du roman picaresque. Dans sa Bibliothèque françoise, Charles Sorel l’a classé dans la catégorie des «romans comiques et satyriques». En fait, le voyage de Dyrcona, de la région parisienne à la lune avec une escale imprévue et importune en Nouvelle-France, constitue l’un des exemples les plus spectaculaires de l’errance que l’on puisse trouver dans l’histoire du roman en France au XVIIe siècle.