“Où t’emporte une aveugle erreur?”. Conduire les égarements sur la scène de l’opéra français (1684-1712)

Jean-Philippe Grosperrin (Université de Toulouse - Jean Jaurès)

La tragédie racinienne est le théâtre de l’également par excellence : d’Hermione dans le palais «errante et sans dessein» à Phèdre dont la flamme criminelle produit diverses divagations dans la structure dialogique ou dans l’espace plastique de la fabulation, l’égarement passionnel, compris comme phénomène psychologique et moral rapporté à une norme, s’y objective conjointement par une rhétorique du discours et une poétique de l’espace (visible : scénique; invisible : intradiscursif). Cependant le genre de la tragédie en musique, nonobstant ses contraintes de concision verbale et de forte topicité, offre un champ plus vaste de représentations théâtrale des égarements, non seulement parce que son esthétique de la violence accueille des manifestations extrêmes du crime et des fureurs, mais surtout parce que l’interaction de la voix de l’acteur, de son corps en action et de la scénographie se trouve plus fortement sollicitée à l’opéra, comme en témoignent l’emprise d’une rhétorique de l’hallucination. Il s’agira d’étudier comment cet hyper-théâtre déploie une poétique des égarements dont les ressorts tiennent moins à des enjeux éthiques qu’à des effets scéniques.