Les errances du cœur ou la recherche d’un espace féminin au XVIIe siècle

Maria Giordano (Sapienza - Università di Roma)

Les errances du cœur dans quelques romans de la fin du XVIIe siècle seront analysées en relation à des contraintes spatiales obligeant les héroïnes à se mettre à l’écart d’une cour suffocante et d’une volonté paternelle envahissante, à la recherche d’un nouvel espace consacré aux sentiments et à l’introspection. Cet espace utopique où l’existence féminine n’est pas nécessairement soumise à la violente intromission de la cour et où la sphère affective est une prérogative des jeunes protagonistes ne peut exister que loin des lieux de la socialisation. Les ouvrages de Mme de Lafayette, Catherine Bernard et Mme de Villedieu semblent dénoncer la frustration engendrée par cette captivité, dans laquelle les femmes sont propriété du père, puis du mari, sans aucune possibilité d’affranchissement. Ces auteures envisagent la création d’un espace intérieur, où la femme peut construire son identité en tant qu’individu. Ceci s’apparente à une rupture avec la coutume qui veut que la femme puisse s’affirmer à travers le refus d’assumer un rôle conventionnel à l’intérieur du «théâtre de la cour».