Marie de l’Incarnation : itinérances d’une voyageuse immobile en Nouvelle-France

Nathalie Freidel (Wilfrid Laurier University)

De son arrivée au Canada (1639) à sa mort (1671), Marie de l’Incarnation demeure à Québec, qu’elle voit se transformer d’établissement précaire en ville florissante. Hormis à de rares occasions, elle ne quitte pas le monastère dont elle assure la fondation, aussi bien matérielles que spirituelles. Cette existence contraste avec la très riche correspondance de l’ursuline qui s’inscrit dans le genre, proliférant à cette période, des écrits viatiques : non seulement n’hésite-t-elle pas à emboîter de sa plume le pas des missionnaires, mais elle suit également à la trace les soldats, explorateurs et trappeurs. Néanmoins, ses lettres décrivent la difficulté de prendre racine dans un monde où règne l’impermanence, où tout ce que l’on a construit peut s’évanouir d’un moment à l’autre, ravagé par un incendie, un tremblement de terre, un raid ennemi.