Errances et imprudence dans la tragédie racinienne

Gilles Declercq (Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

Le thème de l’errance est omniprésent dans les tragédies de Racine, jusqu’à devenir la figure clé d’une rhétorique introspective où le héros s’abîme en sa passion, dans un regard mêlant complaisance et dégoût de soi. Cette communication postulera qu’«errance», «égarement» et «trouble» sont des termes qui procèdent, chez Racine, à l’infléchissement du discours passionnel vers l’analyse psychologique des sentiments, caractéristique de la mutation de la rhétorique à la fin du XVIIe siècle. Mais si ce lexique inaugure la problématique moderne d’une analytique de l’intériorité du moi, il ne doit pas faire oublier qu’il prend place en tragédie, drame du prince et de l’État et genre éminemment politique. L’errance doit alors se lire en contrepoint de la prudence, vertu antique du prince prévoyant, vigilant et avisé. Autour du personnage de Thésée, il s’agira de saisir la dimension privée et publique, érotique et politique, de cette aporie de la vigilance que constitue l’errance dans la tragédie racinienne.