La Fontaine, poète de l’errance

Patrick Dandrey (Université de Paris-Sorbonne)

Paradoxalement l’errance constitue sans doute une clef opportune pour ouvrir la porte de cette armoire aux secrets que constitue l’œuvre de La Fontaine. Sous l’apparence trompeuse d’une constance de forme (la poésie), d’une permanence de genre (la fable), d’une stabilité esthétique (le classicisme français), l’errance prend dans la vie, ou du moins dans l’image de la vie de La Fontaine, la forme amplement glosée et illustrée de son étourderie légendaire; dans son esthétique le tour revendiqué de la variété et de la diversité; dans son ethos et dans les thèmes que lui recommande son goût, le ton miroitant de l’inquiétude. Cette disposition d’âme et d’esprit conduisit un poète bien sédentaire, dont le plus long déplacement ne parvint pas depuis Paris à relayer Limoges, à intérioriser l’errance pour en conjurer la stérilité et en exploiter la fécondité dans l’ordre de l’intime, de l’image et de l’imaginaire, dans l’ordre du voyage immobile.