L’Astrée : errance de l’amour humain, chance de l’amour divin?

Julia Chamard-Bergeron (Université du Québec à Montréal)

L’Astrée d’Honoré d’Urfé s’ouvre sur le bannissement d’un amant dévoué par une maîtresse capricieuse. Le roman, qui doit en son terme réunir de parfaits amants, commence ainsi dans le désordre sentimental. Or, l’errance à laquelle il est condamné permet à Céladon de parfaire son éducation amoureuse grâce, notamment, au druide Adamas, qui l’invite à hiérarchiser ses affections. Est-il raisonnable d’adorer une bergère à l’égal d’une déesse? Un tel culte, rendu à une femme jalouse plutôt qu’à Tharamis, n’est-il pas idolâtre? Même si le christianisme n’est pas explicitement présent dans cette fable gauloise, on y rencontre néanmoins certaines préoccupations propres au discours religieux du siècle : c’est en effet une «théologie de l’amour» (Lever) que déploie ce roman. Dans cette communication, il s’agira de voir s’il convient de donner une portée transcendante à certaines scènes provoquées par des dérèglements amoureux. Pour Céladon, le «vray bien» est-il simplement la femme dont l’absence cause au berger la plus vive des douleurs? Ou bien Astrée elle-même n’est-elle qu’un bien temporaire, susceptible de faire place à vérité plus haute et plus pleine?