La lettre et l’essai : la confluence de deux genres

Constance Cartmill (University of Manitoba)

Les Essais de morale (1671-1675) de Pierre Nicole connurent un grand succès aux XVIIe et XVIIIe siècles. L’étude de la correspondance de cet auteur janséniste permet de réfléchir non seulement sur la pratique de la lettre mais aussi sur l’essai ou le traité de morale, et, de façon plus étendue, sur la fonction persuasive de l’écriture moraliste, notamment en ce qui a trait à l’idéal de la transparence qui caractérise la relation épistolaire et à la reconnaissance des pièges auxquels l’écriture expose, d’où le recours à des mesures de prudence. En outre, chez Nicole, la pratique épistolaire semble constituer un laboratoire pour l’essai. En tant qu’épistolier, il rejette le rôle de directeur spirituel; il prétend plutôt exercer «l’office d’Entremetteur» auprès de ses correspondants, car il s’agit de les «réduire» au point de consulter «un Directeur éclairé». Or la modestie de ses visées épistolaires reflète d’une certaine manière celle de l’essai, dont la définition au XVIIe siècle s’accorde bien avec le concept de l’errance, en favorisant les notions de tentative et d’incomplétude.