Errances missionnaires, errances documentaires

Catherine Broué (Université du Québec à Rimouski)

On a longtemps opposé l’oeuvre viatique du récollet Louis Hennepin aux autres sources sur l’exploration de la Louisiane et, notamment, aux lettres de Cavelier de la Salle, jugées plus fiables. Jaugeant la qualité des sources historiques à partir de la valeur morale de leur auteur, l’histoire a longtemps répudié le récollet, l’estimant menteur, puisqu’il prétendait en 1697 avoir descendu le Mississipi deux ans avant l’explorateur en titre. En réalité, la recherche s’est elle-même laissé fourvoyer par la vaste entreprise de manipulation documentaire ayant accompagné, au XVIIe siècle, l’exploration territoriale de la Louisiane. Un réexamen des sources entourant cette exploration suggère ainsi que les errances morales ou scripturales dont Louis Hennepin fut accusé prennent une nouvelle dimension à la lecture de la relation dite «inédite», attribuée par Thomassy à Cavelier de La Salle.