"Une ville qui était l’abrégé de l’univers". Errances parisiennes dans Polyandre de Charles Sorel

Alex Bellemare (Université de Montréal)

Polyandre (1648) bouleverse le schéma picaresque. Sorel, dans la préface-manifeste du Berger extravagant, dernier avatar du Francion, se revendique d’une esthétique de la diversité, substituant à la grasse bouffonnerie l’exigence de naturel. Ce principe structurant de l’histoire comique, qui hybride réalité et théâtralité à finalité morale, trouve une illustration à la fois exemplaire et problématique dans Polyandre. Le protagoniste, homme d’âge mûr de retour à Paris après un intermède provincial, délaisse le voyage de formation pour lui préférer la promenade. En somme, le voyage au long cours se dégrade en flânerie ludique. Ce roman bourgeois est par ailleurs un impressionnant compte rendu de la topographie parisienne et de ses archétypes sociaux; la déambulation de Polyandre devient alors le prétexte d’une critique du théâtre quotidien des hommes. Ses errements agissent ainsi comme agrégateurs de personnages typés; l’histoire comique en devient espace d’exploration et laboratoire social.