Errances viatiques dans un univers culturel étranger et barbare

Mathilde Bedel (Aix Marseille Université)

Avant le début du XVIIe siècle, peu de Français se risquent à passer les frontières de l’Inde. Ceux qui le font observent les divers animaux dont ils détaillent les bizarreries. Les descriptions monstrueuses de leur aspect physique s’associent à leur fonction dans la société indienne et, surtout, à l’exercice de la tyrannie par les empereurs. Ces derniers trouvent souvent en l’animal un allié de premier ordre pour rendre la justice, mais une justice cruelle et réprouvée par les voyageurs. Cependant, l’animal est aussi reconnu comme sacré pour les Indiens. Pour l’observateur français, voilà encore une mise en valeur suspecte de l’animal. Son incompréhension devient alors le terreau de son imagination. Le peuple indien se voit ainsi représenté soumis à ses superstitions. D’autres voyageurs, plus proches de la pensée libertine, tel Robert Challe, trouvent en revanche dans leurs observations de l’animal en Inde un appui pour interroger la société française. Je propose d’étudier les questions de l’animalité de l’homme indien tel qu’il est perçu par les voyageurs français, ainsi que la divinité animale telle qu’elle est reconnue par les Indiens et incomprise des Français, dans un pays qui les fascine et les terrifie à la fois.