Errances, vagabondages, marginalisations picaresques au Grand Siècle : pour un picaresque français

Francis Assaf (University of Georgia)

Phénomène littéraire de la première modernité, le picaresque s’intègre dans la fiction narrative en prose; discours (à la première personne) et errance s’y voient indissolublement liés. Le prototype du roman picaresque, Lazarillo de Tormes, paraît anonymement en 1554; il sera traduit en français dès 1560. En 1596 paraît La vie généreuse des mercelots, gueux et bohémiens, récit signé par un «gentilhomme breton» qui aurait dans son jeune âge partagé la vie errante et les délinquances des colporteurs («mercelots») et autres malfaiteurs itinérants. Narré à la première personne comme le Lazarillo et se terminant comme lui en ouverture, il constitue le premier texte français qu’on puisse appeler picaresque. Bien que l’espace-dans-le-texte fasse l’objet de nombreuses études, il existe relativement peu d’ouvrages consacrés à l’errance et encore moins à l’errance spécifiquement picaresque, qui sera envisagée ici à travers La vie généreuse.