Labirinthe

Image : Sébastien Le Clerc, «Plan du Labirinte de Versailles» (détail), dans Charles Perrault, Labyrinthe de Versailles, Paris, Imprimerie royale, 1679. © Bibliothèque nationale de France.

Appel de communications

Si l’errance est liée aux déplacements et aux pérégrinations des voyageurs, elle suppose un détour, une déviation, une épreuve ou une quête. On oppose traditionnellement les peuples errants aux sédentaires et les picaros aux voyageurs de long cours ; mais le mot errance, auquel se rattache errements, renvoie aussi à la méprise, à l’erreur, à l’égarement, voire à l’hérésie. Les errants s’opposent en effet à ceux qui sont dans le droit chemin ou qui suivent l’orthodoxie. Loin d’avoir une signification toujours négative, l’errance peut par ailleurs prendre l’allure d’un parcours initiatique ou viatique qui permet au voyageur de se (re)trouver.

Le Congrès se propose donc d’examiner les diverses pratiques et représentations de l’errance dans leurs dimensions géographique bien sûr, mais aussi philosophique, idéologique, théologique, mystique, politique, sociale et scripturale, de manière à mieux cerner leur investissement symbolique et littéraire dans les textes du XVIIe siècle.

Les communications s’inscrivent sous l’un ou l’autre de ces 11 axes de réflexion :

1. Errances intérieures

Responsable : Nathalie Freidel (U. Wilfrid Laurier)

« Quels genres pour quels moi ? » La question posée par Laure Depretto (2008) paraît particulièrement pertinente pour le XVIIe siècle, où l’écriture de soi se décline sous les formes multiples de journaux, correspondances, mémoires, récits autobiographiques… À cette incertitude générique s’ajoutent le flottement et le vacillement d’un moi héritier de Montaigne et les difficultés de constitution d’une subjectivité face à l’universelle impermanence. Des tribulations du Page disgracié aux plaintes des épistolières – « Je suis toujours triste, chagrine, inquiète » (Mme de La Fayette) – la scène intérieure traduit les fluctuations d’existences dépourvues d’ancrage définitif. Nous invitons à parcourir ces itinéraires non fléchés et erratiques d’une littérature sans domicile fixe, où s’élabore paradoxalement le prototype de notre sujet moderne.

2. Errances viatiques

Responsable : Sylvie Requemora-Gros (U. de Provence)

L’« Errance » renvoie à l’idée commune d’un parcours sans direction précise, soumis aux aléas du hasard, de la fantaisie, du caprice. Dans la tradition judéo-chrétienne, l’homme est un homo viator, errant ici-bas dans un monde où toutes les tentations sont illusions, et il n’a pas bonne presse : tel adversaire d’Érasme (Erasmus) s’amuse à déformer son nom en « Errans mus », la souris errante. Doit-on en conclure à la nocivité de l’errance, qui conduirait inéluctablement à la perte, à l’échec ? Erreurs et errances posent, dans le contexte viatique, de multiples questions : celle de la norme, de la déviance, de l’écart, de l’Autre ou de l’altérité.

 

3. Marginaux et déviants : errances et autres écarts sociaux dans la littérature du XVIIe siècle

Responsable : Marianne Legault (UBC Okanagan)

Cette session se propose d’examiner comment et dans quel but certains personnages littéraires du Grand Siècle incarnent différentes formes d’écarts sociaux. Qu’il s’agisse de fous, d’extravagants, ou même de travestis, dans quelle mesure la manifestation de l’errance sociale devient-elle signe de subversion ou de refus de la norme?

4. Errances mystiques

Responsable : Anne Régent (Université Sorbonne nouvelle - Paris 3)

L’expérience et le discours mystique de la France d’Ancien Régime s’articulent souvent autour du motif de la quête vagabonde, au point de trouver une forme d’enracinement ou du moins de point d’ancrage dans le dépaysement et l’exil volontaires, qu’ils soient géographiques et/ou intérieurs. C’est en acceptant de devenir étranger à ses lieux, à ses institutions, à ses appartenances, voire à lui-même, que l’auteur mystique laisse advenir son moi spirituel et auctorial. Cette session propose de s’interroger sur les modalités de ce nomadisme spirituel et de ses modes d’expression, sur ces poétiques du passage ou du déplacement qui se construisent en dehors de la stabilisation des discours institutionnels (problématique de la perte, de la dépossession, de la disgrâce, du renoncement). Entre solitude, liberté et dépouillement ascétique, l’errance mystique pourra dès lors apparaître comme un lieu d’ancrage paradoxal, un enracinement singulier dans une expérience de désertion.

5. Errances philosophiques

Responsable : Judith Sribnai (U. du Québec à Montréal) 

Deux images traditionnelles du philosophe tendent à s’opposer : celle du philosophe sans maison, sans patrie, dont la pensée est toujours où on ne l’attend pas ; et celle du philosophe qui avance sans se perdre vers la vérité. Qu’en est-il de ces visages du philosophe au XVIIe siècle ? Sur le plan de la méthode, le savant avance grâce au doute et au questionnement mais il craint aussi d’être pris au piège de l’hésitation qui l’empêcherait d’avancer vers la vérité. Du point de vue de la pratique, le XVIIe siècle questionne particulièrement la valeur de l’expérience, jouant là aussi de deux figures du savoir : celui que l’on élabore chez soi ; et celui qui, au contraire, nécessite de sortir de sa maison pour aller au gré des rencontres et trouvailles. Errer c’est se perdre mais c’est aussi l’aventure de la découverte inattendue. Enfin, sur le plan du discours social ou des représentations, au philosophe qui va droit au savoir s’oppose le philosophe rêveur qui s’égare dans les nuées. On pourra ainsi s’intéresser à ces différentes pratiques comme à la récurrence de la métaphore du voyage, du droit chemin et de l’errance dans le discours même des philosophes.

6. Errances politiques

Responsable : Michel Fournier (U. d’Ottawa)

Cette séance accueillera des communications qui explorent les diverses formes que peut prendre la dissidence politique au XVIIe siècle, de la révolte qui s’exprime dans le discours pamphlétaire aux manifestations plus subtiles de la dissidence intérieure. Elle accueillera également des communications consacrées à la représentation littéraire de la dissidence.

7. Errances picaresques

Responsable : Jean Leclerc (U. Western Ontario) 

Par l’expression « errances picaresques », nous entendons d’abord toutes les formes de déambulations semi-fictives et semi-autobiographiques menées par des personnages provenant de milieux populaires ou défavorisés, rendues dans une narration sans artifices qui met en valeur le côté réaliste du voyage tout en se permettant l’humour et l’ironie. Entrent dans cette catégorie les Aventures de Dassoucy ou les pèlerinages parodiques du Page disgracié de Tristan L’Hermite, mais également les errances des comédiens dans le Roman comique de Scarron ou les tribulations de Chapelle et Bachaumont lors de leur Voyage d’Encausse. Parce qu’ils se jouent souvent d’une illusion de référentialité, les voyages imaginaires et utopiques peuvent également mettre en scène des « errances picaresques », qu’on pense aux efforts de Dyrcona pour atteindre la Lune et le Soleil dans les textes de Cyrano de Bergerac, aux errances de Jacques Sadeur dans La Terre australe connue de Gabriel de Foigny, ou dans l’Histoire des Sévarambes de Denis Veiras.

8.  Errances scripturales : les genres littéraires en devenir

Responsable : Constance Cartmill (U. du Manitoba) 

Pour cet atelier on s’interrogera sur des pratiques scripturales qui se situent en dehors des genres littéraires qui s’inscrivent dans la tradition (et tout en reconnaissant que ce qui constitue au XVIIe siècle un « genre » ne correspond pas à nos catégories modernes) : les mémoires, les lettres et les récits de voyage, entre autres. Bien qu’elles adhèrent à des codes rhétoriques, ces pratiques constituent en même temps des lieux propices d’expérimentation. Les propositions de communication devraient fournir des pistes de réflexion sur ces pratiques en tant que « genres » dont le statut s’avère fluctuant, voire instable.

9.  Errances en Nouvelle-France

Responsable : Sébastien Côté (U. Carleton)

En posant le pied en Amérique du Nord, lieu par excellence de l’inouï, voyageurs, missionnaires et colons du XVIIe siècle cédèrent aisément à l’attrait indéniable des errances spatiales, tout en errant d’une autre manière en raison de l’agencement de leur univers mental. Au motif foisonnant de la rencontre avec les Amérindiens et, plus largement, avec le continent américain, correspondent autant de malentendus : errance continentale des voyageurs, occasionnels égarements qu’ils relatent, jugements théologiques des missionnaires, prompts à relever l’hérésie d’un continent où le diable a fondé son empire, manque de vision de Louis XIV. Force est d’admettre que le XVIIe siècle américain de la France constitue un véritable laboratoire.

Cette session consacrée aux voyages et aux missions en Amérique en Amérique du Nord et à la politique coloniale de Louis XIV, vise à commémorer le 300e anniversaire de la mort du Roi Soleil et le 400e anniversaire de l’arrivée des Récollets à Québec.

10.  Errances sentimentales, amoureuses et galantes

 Responsable : Roxanne Roy (UQAR)

Les textes littéraires du Grand Siècle se présentent souvent comme des compléments aux traités de civilité en donnant, par le biais d’exemples fictifs, de petites leçons de conduite sur l’art d’aimer et de pratiquer la galanterie. Si l’amour et la galanterie sont régis par des règles et des préceptes qui visent à former les parfaits amants, que l’on songe seulement à la fameuse « Carte du Tendre », nombreux sont les auteurs qui mettent en scène des personnages qui ne respectent pas scrupuleusement les codes de conduite. De l’indifférence à la légèreté et à l’oubli, en passant par l’indiscrétion, la médisance ou la perfidie, on ne compte plus les écueils qui parsèment leur chemin. Il semble donc que les représentations littéraires se jouent des maximes de conduite, qu’elles complexifient ou subvertissent les règles en fonction des besoins de leur intrigue. Quels motifs et quelles situations incitent les personnages à dévier de l’itinéraire à suivre ? À quelle fin le font-ils ? Quels sont les enjeux et les valeurs qui s’y rattachent ? Ce sont ces égarements du cœur et leurs diverses significations que nous souhaitons mettre au jour dans le cadre de cette session.

11. Errances dramatiques : errer sur les planches

Responsable : Nicholas Dion (U. de Sherbrooke)

Le motif de l’errance appartient depuis longtemps à la tradition théâtrale, ne serait-ce que par le thème de l’exil ; pensons aux cycles des Labdacides et des Atrides, notamment aux figures d’Œdipe et d’Oreste. Au XVIIe siècle, sur la scène du Palais-Royal, les spectateurs se voient même invités à errer avec les personnages par le ravissement propre aux machines et aux changements de décor.

Au sens de méprise ou de quiproquo, l’erreur s’avère également presque omniprésente, ainsi qu’en témoigne le procédé dramaturgique de la reconnaissance, basé bien souvent sur une fausse identité, un déguisement, un travestissement, bref, une erreur sur la personne ; ici, tragédie et comédie vont de pair.

Dans quelle mesure l’errance informe-t-elle les espaces dramatiques et scéniques dans le contexte particulier de la dramaturgie classique ? De quelle manière l’erreur se trouve-t-elle parfois au soubassement des intrigues et des sujets des pièces ? Il conviendra lors de cette séance d’interroger le rôle de l’errance et de l’erreur comme motifs récurrents, mais également comme moteurs de l’action dramatique.