Marie des Vallées et l’errance mystique au XVIIe siècle

Jean-Marie Apostolides (Stanford University)

Le personnage de Marie des Vallées (1590-1656) pose de nombreuses questions se rapportant à la mystique du XVIIe siècle. Figure marginale, elle ne cesse néanmoins d’être au centre de tous les débats concernant le passage d’une société marquée par une sensibilité protéenne à une autre, centrée autour de la question de l’identitaire. Tour à tour traitée comme une sorcière, puis une possédée, enfin une dévote, voire une sainte, l’instabilité de son statut la suit tout au long de sa vie et après sa mort. Si elle change de position grâce à son union mystique avec Jean Eudes (1601-1680), elle ne cesse d’être dénoncée comme démoniaque, notamment par les jansénistes. En réalité, elle est un miroir (P. Legendre). Ses errances permettent de mieux comprendre comment l’époque transforme le statut des déviants de la vie spirituelle. Après une dernière flambée de sorcellerie au début du XVIIe siècle, la question de la possession s’installe au cœur du débat religieux, comme au centre de la conception du comédien au théâtre. Puis, avec la défaite de la Fronde et l’affirmation de l’absolutisme, le lamento des errances spirituelles est mis en sourdine par une Église faisant de ses figures marginales des modèles de sainteté et par une monarchie enrôlant les comédiens pour illustrer la grandeur du prince.